Journée européenne des avocats à Spa-Francorchamps : l’innovation à 300 km/h ? 🏁

(Compte-ren­du pour la Tri­bune d’AVOCATS.BE)

Pour répondre au débat lan­cé par le CCBE sur les enjeux des inno­va­tions tech­no­lo­giques, AVOCATS.BE avait don­né le ton en déci­dant de se réunir au-des­sus des pad­docks du Cir­cuit de Spa-Fran­cor­champs pour viser la pole posi­tion. Une touche d’Europe, avec l’organisation mise sous les ban­nières de BarEuregio.eu. Un soup­çon de tech­no­lo­gie par une retrans­mis­sion en direct sur Inter­net… Le Bar­reau de Ver­viers agi­tait avec enthou­siasme le dra­peau à damier pour lan­cer la course !  🏁

Le sujet revient constam­ment dans l’actualité, celui de l’innovation appor­tée par la numé­ri­sa­tion – voire la robo­ti­sa­tion – et les nou­velles tech­no­lo­gies qui touche aus­si la Jus­tice, avec ses défis et la défiance que tout cela peut aus­si ins­pi­rer.

Monsieur le Bâtonnier du Barreau de Verviers Pierre Henry ouvre la conférence.
Mon­sieur le Bâton­nier du Bar­reau de Ver­viers Pierre Hen­ry ouvre la confé­rence.

Plus tôt dans la jour­née, à Bruxelles, le Ministre de la Jus­tice Koen GEENS avait expo­sé sa vision des « Courts of the Future », mais le Bâton­nier de Ver­viers, Me Pierre HENRY, en accueillant les par­ti­ci­pants, le décla­rait clai­re­ment (en fran­çais et en anglais, Eure­gio oblige) : « Heu­reu­se­ment, notre Jus­tice n’est pas qu’une affaire de tri­bu­nal ou de ministre… c’est aus­si une affaire d’avocats ! »

Monsieur le Président d'AVOCATS.BE Jean-Pierre BUYLE accueille l'assistance et souligne l'importance du thème choisi cette année pour la Journée européenne de l'avocat.
Mon­sieur le Pré­sident d’AVOCATS.BE Jean-Pierre BUYLE accueille l’assistance et sou­ligne l’importance du thème choi­si cette année pour la Jour­née euro­péenne de l’avocat.

Et le pétrole des avo­cats, pour le Pré­sident d’AVOCATS.BE, Me Jean-Pierre BUYLE, c’est l’humain, l’écoute, la stra­té­gie, la confiance, ce sont les plus-values que les clients ne peuvent pas trou­ver via Google ou ailleurs que chez leur avo­cat.

Monsieur Melchior Wathelet encourage le domaine de la justice à anticiper pour saisir de nouvelles opportunités, comme beaucoup d'autres secteurs de l'industrie.
Mon­sieur Mel­chior Wathe­let encou­rage le domaine de la jus­tice à anti­ci­per pour sai­sir de nou­velles oppor­tu­ni­tés, comme beau­coup d’autres sec­teurs de l’industrie.

Mais l’irruption des nou­velles tech­no­lo­gies n’est plus de la science-fic­tion : c’est déjà une réa­li­té éco­no­mique en marche, aus­si pour la jus­tice. Dans bien des acti­vi­tés éco­no­miques, de nou­veaux acteurs ont déjà pris le des­sus sur les opé­ra­teurs tra­di­tion­nels : Boo­king est le lea­der dans l’hôtellerie, sans pos­sé­der d’hôtels ; Ins­ta­gram, pour la pho­to, est la plus grosse capi­ta­li­sa­tion bour­sière mon­diale ; Ali­ba­ba, le plus grand reven­deur mon­dial, n’a aucun stock ; etc. Le Pré­sident du Cir­cuit de Spa-Fran­cor­champs, Mon­sieur Mel­chior Wathe­let fils, lan­çait cet aver­tis­se­ment pour encou­ra­ger immé­dia­te­ment le sec­teur du droit à réagir, à ne pas subir, mais à anti­ci­per pour faire de ces chan­ge­ments une oppor­tu­ni­té.

L’état des lieux dres­sé par les édi­teurs de logi­ciels pour le mar­ché belge du droit était aus­si frap­pant. Les efforts des édi­teurs, en col­la­bo­ra­tion avec cer­tains avo­cats, com­mencent pour déve­lop­per l’intelligence arti­fi­cielle en vue de faci­li­ter le tra­vail des juristes à dif­fé­rents niveaux, mais prin­ci­pa­le­ment pour l’analyse de la juris­pru­dence, comme nous l’a expli­qué David FREDRICH (Lar­cier). Au niveau mon­dial, cette année, c’est le sec­teur du droit et les legal­tech qui a levé le plus de fonds. En Bel­gique néan­moins, c’est encore le désert : très peu d’avocats se sont empa­rés du sujet, moins d’1 % selon Dan KOHN (SECIB). Pour­tant, des appli­ca­tions fonc­tionnent déjà en France et chez nous : indem­ni­sa­tion des retards pour votre avion, divorce, pen­sion ali­men­taire, bail, mise en contact de tiers finan­ceur de pro­cès, arbi­trage, etc. Les clients sont déjà habi­tués à cette sorte d’interfaces avec leur assu­reur et leur ban­quier et seraient deman­deurs d’une telle inter­ac­tion avec leur avo­cat. Il y a donc un nou­veau mar­ché à inves­tir. Et ceux qui y auront le des­sus sur leurs concur­rents, ce ne sont pas les robots contre les avo­cats, mais les cabi­nets d’avocats (ou d’autres inter­mé­diaires concur­rents) qui auront su uti­li­ser à bon escient les nou­velles tech­no­lo­gies pour four­nir un ser­vice qui ren­contre ces nou­velles demandes et s’attacher ain­si une nou­velle clien­tèle.

Monsieur le Premier Avocat Général Melchior Wathelet Sr énonce les lignes de force de la jurisprudence de la Cour de Justice de l'Union européenne en matière de protection de la vie privée.
Mon­sieur le Pre­mier Avo­cat Géné­ral Mel­chior Wathe­let Sr énonce les lignes de force de la juris­pru­dence de la Cour de Jus­tice de l’Union euro­péenne en matière de pro­tec­tion de la vie pri­vée.

Après cette entrée en matière et les chan­ge­ments qui s’annoncent, la ques­tion de la vie pri­vée – autre sujet d’actualité avec l’arrivée en 2018 d’une nou­velle régle­men­ta­tion euro­péenne – devait être abor­dée car toute cette auto­ma­ti­sa­tion ne peut se faire qu’au prix d’un trai­te­ment des don­nées à carac­tère per­son­nel. L’avocat géné­ral de la Cour de jus­tice de l’Union euro­péenne, Mel­chior Wathe­ler Sr, était là pour nous don­ner les lignes de force de la juris­pru­dence euro­péenne en la matière (et nous rap­pe­ler des sou­ve­nirs des bancs d’université).

Me Eric BALATE (avocat au Barreau de Mons, administrateur d’Avocats.be et chargé de cours à l’UMons) nous retrace la genèse du droit à la protection de la vie privée et insiste sur le génie humain qui y a présidé.
Me Eric BALATE (avo­cat au Bar­reau de Mons, admi­nis­tra­teur d’AVOCATS.BE et char­gé de cours à l’UMons) nous retrace la genèse du droit à la pro­tec­tion de la vie pri­vée et insiste sur le génie humain qui y a pré­si­dé.

Mon­sieur le Bâton­nier Éric BALATE nous a ensuite expo­sé l’éclosion et le che­mi­ne­ment de ce droit à la vie pri­vée, qui prend une force et une actua­li­té quo­ti­dienne et qui fut le fruit du génie humain d’éminents juristes avant-gar­distes.

Pr Nicolas PETIT (Faculté de Droit, ULg ; co-directeur, Brussels School of Competition ; EDHEC Business School, France) : « N'ayons pas peur ; donnons une chance avant de réguler ! »
Pr Nico­las PETIT (Facul­té de Droit, ULg ; co-direc­teur, Brus­sels School of Com­pe­ti­tion ; EDHEC Busi­ness School, France) : « N’ayons pas peur ; don­nons une chance avant de régu­ler ! »

Alors, les nou­velles tech­no­lo­gies vont-elles son­ner le glas de 47 % des emplois, comme cer­tains le pré­disent ? En ferons-nous par­tie ? Serons-nous les esclaves d’une intel­li­gence arti­fi­cielle supé­rieure ? La presse nous l’annonce de plus en plus sou­vent dans ses gros titres. Mais ce n’est pas la pre­mière fois que, dans l’histoire, des pro­phètes annoncent l’apocalypse. Les tailleurs de pierre pour les hor­loges calen­daires n’ont pas sur­vé­cu à l’horloge méca­nique ; que dire aus­si de l’invention de l’imprimerie ou des pre­mières auto­mo­biles ? À l’époque, on les condam­na, quand on ne les inter­dit pas, on mit en place des mesures de contrôle qui nous font sou­rire aujourd’hui… Pour­tant, per­sonne ne pleure encore la dis­pa­ri­tion de ces anciens métiers et nous sommes bien heu­reux d’avoir ces outils à notre dis­po­si­tion, sans remords par­ti­cu­lier. Après avoir mis en évi­dence ces craintes peu fon­dées, le Pr Nico­las PETIT a sou­li­gné le carac­tère fon­ciè­re­ment impré­vi­sible des chan­ge­ments que de nou­velles tech­no­lo­gies pour­ront appor­ter à la socié­té, plus encore quand plu­sieurs inno­va­tions se com­binent. Et les inven­teurs découvrent par­fois autre chose que ce qu’ils cher­chaient : Colomb était per­sua­dé qu’il arri­ve­rait aux Indes quand il a décou­vert l’Amérique. Par le pas­sé, des inno­va­tions ont condam­né cer­tains métiers, fait pros­pé­rer d’autres. Plu­tôt que de céder au catas­tro­phisme ou à l’angélisme, le mieux reste d’être prag­ma­tique. Des tâches vont nous échap­per, mais, pour ne pas être rem­pla­cé, il faut se repla­cer et s’adapter. Enfin, pour ce qui concerne la régle­men­ta­tion de ces inno­va­tions, les inter­dire d’emblée n’apparaît pas comme la meilleure posi­tion : lais­ser d’abord se déve­lop­per la concur­rence per­met­tra ensuite de voir les options en pré­sence et seule­ment alors, il convien­dra d’examiner et de choi­sir ce que l’on veut et ce que l’on ne veut pas.

Forum animé par Gilles QUOISTIAUX, Journaliste chez Trends-Tendances
Forum ani­mé par Gilles QUOISTIAUX, Jour­na­liste chez Trends-Ten­dances

« Est-ce que les appli­ca­tions de l’intelligence arti­fi­cielle sont si inno­vantes que ça ? N’y a-t-il pas déjà de nou­veaux concur­rents aux avo­cats ? Ne faut-il pas se méfier du lob­by des édi­teurs ? Les robots ne seraient-ils pas plus objec­tifs que des juges humains ? L’émergence de l’intelligence arti­fi­cielle, au-delà d’une assis­tance aux juristes, ne modi­fie­ra-t-elle pas le conte­nu même du droit ? » Ce sont autant de ques­tions pas­sion­nantes sur les­quelles le public et les ora­teurs ont ensuite échan­gé pour clô­tu­rer cette jour­née.

Pour voir ou revoir toute la confé­rence et le débat, vous pou­vez vous connec­ter sur https://bareuregio.eu où vous pour­rez vision­ner la vidéo de la retrans­mis­sion en direct.

Jour­née euro­péenne de l’avocat

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